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HISTORIQUE

 

Lancé sous pavillon norvégien l'année du naufrage du Titanic (1912), le Globe IV était un baleinier hybride : équippé d'un puissant moteur à vapeur ainsi que des voiles traditionnelles. Sa coque était renforcée pour briser la glace des mers du pôle sud, où il évolua avant d'être vendu et revendu maintes fois.

 

Il finit par être racheté par un Islandais après la Seconde Guerre mondiale. L'interdiction de pêcher les baleines s'étendant de plus en plus, le Garðar BA 64 (rebaptisé en 1963 - "ð" ou "Ð" en majuscule se prononce comme le "th" anglais, normalement) fut utilisé pour la pêche aux harengs dans les eaux islandaises.

 

Après des années de bons et loyaux services, il fut déclaré inapte à la navigation en 1981 et échoué au fond du fjord de Skápadalur Valley où il repose toujours, donc, conservé plus ou moins en l'état par des couches de peintures successives. Mais le temps poursuit son oeuvre à l'intérieur et les différents quartiers de vie tombent lentement en poussières.

  

 

Islande 0155x 

 

 

Rapport kronoscopique

 

Jour 3 de notre périple en Islande. En chemin vers la péninsule désolée de Látrabjarg, nous nous arrêtons devant l'épave d'un baleinier norvégien de 1912, le Garðar BA64, échoué au fond de ce fjord en 1981 et qui fait encore l'objet d'attentions du gouvernement local pour le conserver en à peu près bon état extérieur. Il est même mentionné dans les guides touristiques... lire la suite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rapport kronoscopique, suite

 

Tiens, une brèche à tribord. Tels deux ombres, nous nous y infiltrons, bientôt suivis par un autre touriste curieux. L'intérieur est un rêve d'urbexeur. Tout est resté en l'état, la cuisine, les quartiers techniques, le poste de pilotage et même la chambre du capitaine. Bon évidemment, point de bibelots, mais des photos de ma-la-des pour qui aime ce genre de décor. Nous y passons une très grosse heure, au mépris total de notre emploi du temps bien chargé.
La brèche se situe à tribord, à la poupe (en clair, à l'arrière à droite) et je suis obligé de faire passer mon sac photo et mon trépied avant moi, l'ouverture étant étroite. Une coursive fait face à l'ouverture, et on se croirait de suite plongé dans un autre monde. Les murs sont pelés, fissurés, ridés de rouille aux mille teintes d'ocre sur toute la longueur du couloir. On croirait des murs de papier froissé. Saisissant. Sur le côté gauche, les toilettes. Le siège est encore là, cassé à la base, appuyé contre une cloison et projetant des ombres fantômatiques sur les panneaux imbibés d'humidité.
Je passe un moment dans la salle commune et le réduit qui sert de cuisine, voyant Pentax passer dans la coursive babord par le hublot entrouvert.
La coursive babord est en aussi mauvais état et donc "urbexement" magnifique ! Sur le pont, les peintures neuves contrastent et donneraient presque l'impression que le bateau est juste amarré à un quai, dans l'attente d'un prochain départ. Dans la proue, au niveau du pont principal, l'espace clos va jusqu'au bout de la structure. Probablement le "placard" à poissons. Mais lorsqu'on sait qu'il chassait les baleines, la taille du bâtiment complet et des zones de stockage m'étonne. Où gardaient-ils les animaux, même dépecés ? Un mystère.
Visite de la timonerie (la cabine de pilotage), avec sa barre (disparue) et ses rudimentaires appareillages de navigation. Tout est moucheté d'une couche de peinture blanche, témoignant du manque de soin des équipes d'entretien du navire qui reviennent régulièrement protéger les extérieurs à grands coups de pistolets à peinture.
Je me faufile ensuite dans ce qui ressemble fort à la cabine du capitaine par une trappe, l'escalier qui y descend est très étroit et quasi-vertical. Ici, le strict minimum : un minuscule lavabo, un radiateur, l'emplacement pour une paillasse et un petit placard.
Puis je poursuis ma descente dans les entrailles du bâtiment : de moins en moins de lumière, l'odeur de fer, de rouille est plus présente. Je descends le long d'une succession de barreaux scellés à la cloison jusqu'au coeur du navire.
La salle des machines, où du moins la partie haute, car le fond de cale est innondé. Ici, point de pont en bois, juste une passerelle en métal soutenue par de petites poutres métalliques fixées au pont supérieur. Je reste le long de la paroi : dans les étages des structures abandonnées, c'est souvent l'endroit le plus solide. Ma vue s'habitue petit à petit à la pénombre, et je découvre un monde de câbles, une jungle de fils électriques pendants, de tableaux de cadrans et d'interrupteurs rongés par la rouille, noircis d'humidité. Le clapotis de la zone innondée sous mes pieds me rappelle qu'un seul faux pas et j'ai de grandes chances de me retrouver dans un mètre d'eau voire plus, sans parler de mon matériel noyé et des éventuelles blessures dûes à une chute au travers d'une passerelle métallique rouillée...

Mais il faut absolument que je photographie cette échelle, éclairée par la lumière de la trappe. Et pour ça, malgré mon grand-angle, il me faut un peu de recul, et assez d'espace pour fixer quelque part mon trépied mobile afin de faire une longue pause. Je teste le plancher métallique, évalue les zones trop fragiles et à éviter, puis je me lance. Je fais 4 ou 5 pas, la passerelle a l'air de tenir. J'ai l'impression d'entendre quelque chose bouger dans l'eau sous moi, peut-être des poissons, ou des têtards, je ne sais pas et ne veux définitivement pas le savoir !

Je réussis finalement à fixer mon trépied le long d'une des poutres de soutien, procède à une dizaine de clichés sous différentes expositions et une fois que j'ai ce que je veux, je remonte à l'échelle, excité de mon dernier quart d'heure dans le ventre du monstre et soulagé d'en ressortir indemne. Je ne sais pas si les photos témoignent de ce que j'ai ressenti, mais en tout cas, crois-moi lecteur, c'était un petit rush d'adrénaline bien sympathique !

Le temps passe. Je retrouve Pentax, nous finissons nos prises de vue respectives puis ressortons du bateau, alors que d'autres voitures arrivent et se garent. On peut voir que les regards sont curieux et/ou envieux. Parmi les gens présents, certains contournent déjà le navire pour découvrir par quel endroit nous y sommes entrés. Un autre touriste y est déjà mais tourne en rond, hésitant clairement à pénétrer à l'intérieur. Je lui adresse un sourire d'encouragement après avoir émergé de ma brèche et enfilé de nouveau mon sac photo aussi simplement que si je descendais du bus, puis je rejoins Olive et nous repartons voir les falaises du bout du monde : Látrabjarg. Au jour 3, nous ne sommes pourtant qu'au début de nos découvertes en matière d'Urbex...

 
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